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L'investissement international, vecteur de la mondialisation mais dans quelles conditions ?

Document 1 - Les pays développés accélèrent leurs investissements étrangers directs, qui bat tous les records avec une augmentation de 46% (en 1998)

Les fusions et acquisitions (F&A) transfrontières ont été le moteur de l’augmentation de l’investissement étranger direct des pays développés, qui bat de nouveaux records. Les sociétés transnationales (STN) de ces pays ont donné un coup d’accélérateur à leurs sorties d’investissement étranger direct (IED) qui ont progressé de 46 % et sont passées à 595 milliards de dollars en 1998. Par ailleurs, les entrées d’IED dans ces pays ont crû de 68 %, pour s’établir à 460 milliards de dollars. (…)
L’investissement en direction et en provenance des Etats-Unis bat des records
L’expansion économique aux États-Unis, ainsi que la hausse du prix des actifs dans ce pays, facteur qui accroît la capacité des sociétés à collecter des fonds, ont dopé les sorties de capitaux de ce pays : 133 milliards de dollars l’année dernière, contre 109 milliards en 1997. Un peu plus de la moitié de ces capitaux ont pris le chemin de l’Union européenne, tandis que les flux d’IED vers le Brésil et le Mexique, qui comptent parmi les premiers pays en développement bénéficiaires, ont reculé. (…)
Coup de fouet pour l’IED européen

L’UE dans son ensemble reste le premier destinataire d’IED et le plus important investisseur étranger dans le monde. Les flux entrant en UE sont passés de 100 à 230 milliards de dollars et les sorties ont progressé de 75 % pour s’établir à 386 milliards de dollars, contre 218 milliards en 1997.
Les grandes sociétés transnationales sont essentiellement situées dans les pays développés

A deux exceptions près (Petróleos de Venezuela et le Coréen Daewoo), les 100 premières sociétés transnationales du monde sont situées dans des pays développés. On estime que ces entités détiennent ensemble 1 800 milliards de dollars d’actifs étrangers, ont vendu pour environ 2 100 milliards de dollars de produits à l’étranger et employaient en 1997 quelque six millions de personnes dans leurs filiales étrangères.

Les 10 premières STN mondiales, classées en fonction de leurs actifs étrangers, 1997
actifs et chiffre d’affaires en milliards de dollars des États-Unis ( … : estimations de la CNUCED non publiées)

Rang

Société Pays

Branche

Actifs étrangers

CA à l’étranger

Effectifs étrangers

1

General Electric Etats-Unis Electronique

97,4

24,5

111 000

2

Ford Motor Company Etats-Unis Automobile

72,5

48,0

174 105

3

Shell, Royal Dutch P-Bas - Royaume-Uni Pétrole

70,0

69,0

65 000

4

General Motors Etats-Unis Automobile

51,0

5

Exxon Corporation Etats-Unis Pétrole

54,6

104,8

6

Toyota Japon Automobile

41,8

50,4

7

IBM Etats-Unis Informatique

39,9

48,9

134 815

8

Volkswagen Group Allemagne Automobile

42,7

133 906

9

Nestlé SA Suisse Agroalimentaire

31,6

47,6

219 442

10

Daimler-Benz Allemagne Automobile

50,4

Notes :
Les actifs : valeur de l'ensemble des biens constituant une propriété
CA : chiffre d'affaires, c'est à dire le total des ventes réalisées (ici, à l'étranger)

Source - Note d'information de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) d'après son "Rapport sur l’investissement dans le monde, 1999 : l’investissement étranger direct et le défi du développement". Documentation diffusée sur l'Internet

Document 2 - Commentaires et point de vue autour du rapport de la Cnuced

Favoriser l'investissement étranger semble nécessaire mais "pas à n'importe quelle condition", affirme la Cnuced. Les politiques de "laissez faire" mises en œuvre dans un certain nombre de pays pour attirer les grands groupes paraissent avoir été plus destructrices que profitables. De même, les stratégies fondées sur un bas coût de main-d'œuvre trouvent rapidement leurs limites. "Le travail bon marché reste une source d'avantages compétitifs dans les pays, mais son importance diminue. De plus, il ne fournit pas un soutien pour une croissance durable", écrit la Cnuced, qui souligne désormais l'importance prise par la formation, la qualité de la main d'œuvre, des services et des infrastructures, les réseaux de fournisseurs et de distribution.

Les efforts consentis par les États seront-ils payés en retour ? "Dans un contexte de libéralisation et de mondialisation, il reste très peu de marge de manœuvre aux pays pour influencer la conduite des groupes étrangers et nationaux", reconnaît Rubens Ricupero, secrétaire général de la Cnuced. Libérées de toute entrave administrative, se sachant incontournables, les firmes transnationales ne sont plus soumises qu'à leur bon vouloir pour prendre en compte les intérêts des pays où elles sont implantées. Accepteront-elles d'assumer cette responsabilité sociale, "cette citoyenneté d'entreprise dans un monde globalisé", selon la formule de la Cnuced ?

Source - Martine Orange - Le Monde - 28 septembre 1999 (diffusion Yahoo)

Document 3 - Taïwan offre un cadre relativement favorable aux investissements directs étrangers.

1) L’économie taïwanaise est ouverte aux investisseurs directs étrangers, en raison de sa forte intégration au commerce international (50% de l’activité est liée à l’exportation) et de sa structure industrielle organisée autour d’un réseau dense de petites et moyennes entreprises très spécialisées. Ces PME travaillent pour la plupart pour le compte de grandes firmes multinationales, notamment dans le secteur informatique. Taiwan, à la différence d’autres pays asiatiques, n’a pas développé une industrie nationale centrée autour de grands conglomérats protégés sur leur propre marché et excluant les investissements directs étrangers. Ceux-ci ont, au contraire, été considérés très tôt comme une source de développement et de diffusion des nouvelles technologies.

2) Les principaux investisseurs étrangers sont américains et japonais
. La moitié des investissements approuvés au cours des dix dernières années proviennent des États-Unis et du Japon. Viennent ensuite Hong-Kong et Singapour. Les investissements européens représentent 11% du montant total et sont principalement issus des Pays-Bas (en raison de la place importante tenue par le groupe Philips), du Royaume-Uni et d’Allemagne.

Répartition géographique des investissements approuvés entre 1988 et août 1998 (Taïwan)

 

Nb de projets

Montant en Millions US$

%

ASIE

3146

10852

45,5%

Japon

1746

5954

24,9%

Hong-Kong

621

2219

9,3%

Singapour

360

1510

6,3%

AMERIQUE

1493

8881

37,2%

Etats-Unis

915

5256

22,0%

EUROPE

595

2632

11,0%

Pays-Bas

104

805

3,4%

Royaume-Uni

94

716

2,3%

Allemagne

124

404

1,7%

France

100

134

0,5%

RESTE DU MONDE

96

1510

6,3%

TOTAL

100,0%

Source - Direction des Relations Économiques Extérieures - Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie (site internet le 10-12-99)

Document 4 - L'espace mondial de deux grandes firmes transnationales : l'Oréal et Toyota


L'implantation de l'Oréal dans le monde

La firme, d'origine française, d'abord spécialisée dans les produits pour coiffure, s'est diversifiée dans les cosmétiques et parfums. Présente dans 150 pays, 40% de sa production se fait hors d'Europe

L'implantation de la firme d'origine japonaise, Toyota

Consignes

1 - Présenter les documents
2 - Sélectionner, classer, confronter et regrouper par thèmes les informations utiles au traitement du sujet
3 - Rédiger de façon synthétique (300 mots) une réponse à la problématique définie par le sujet.

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Éléments de corrigé

1 - Origine de certaines des maladresses et difficultés rencontrées :

- Une maîtrise parfois trop approximative des notions nécessaires pour que la compréhension du sujet et des documents soient assurée. Tout particulièrement, celles qui concernent : les flux de capitaux (et particulièrement l'IED), la nature  des firmes multi- ou trans-nationales et leur rôle dans cet IED. Amalgames, confusions fréquentes entre flux de capitaux et flux commerciaux. Des relations de causalité mal établies.
- Une interprétation déformée du sujet. Par exemple, le "dans quelles conditions" est devenu "sous quelles conditions".
- Trop souvent, les documents sont sous-utilisés. Les documents 2 et 3 n'ont pas toujours été bien compris.

2 - La présentation des documents :

Par leur nature et leur source :
- Les documents 1 et 3 sont des textes et tableaux de source institutionnelle : Cnuced (organisation de l'ONU, créée en 1964 pour représenter et défendre les intérêts économiques des pays du "tiers-monde") et Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie français. Le document 1 inclus un tableau présentant les 10 premières STN mondiales classées en fonction de leurs actifs étrangers. Ces deux documents permettent une approche globale (doc. 1) et plus localisée (Taïwan - doc. 2) du sujet. A noter cependant que Taïwan n'est pas un État officiellement reconnu par l'ONU (cf. les relations avec la RPC). 
- Le document 2 est un commentaire journalistique (quotidien Le Monde) qui s'appuie sur le rapport présenté par le document 1.
- La source des documents 4 (planisphères) n'est pas précisée.

Notons que, dans le cas de ces documents, l'Internet n'est pas une source documentaire mais un simple support technique de l'information.

Par leur intérêt pour le sujet :
L'ensemble des documents porte sur l'investissement international d'origine privée (IED), donc, résultant largement des investissements à l'étranger réalisés par les grandes firmes (ou sociétés) transnationales. Ces flux alimentent le processus de mondialisation à l'œuvre au tournant du XXème siècle. Les documents évoquent plus particulièrement l'organisation générale de ces flux de capitaux (documents 1 à 3), leurs origines (documents 1 et 3). Ils permettent aussi  d'évoquer et apprécier les différentes stratégies d'investissement des STN (documents 2 à 4). Ainsi les effets et retombées de ces investissements paraissent très variables d'un pays à l'autre.

3 - Des plans d'analyse thématique possible

Variante a - Situation actuelle de l'investissement international - Principaux bénéficiaires de cette mondialisation - Ses effets négatifs et ses limites sur le développement
Variante b - Origines et destinations de l'IED - Stratégies des États et des entreprises et leurs effets
Variante c - L'investissement international est en forte progression - L'investissement international enrichi seulement les pays développés - A travers leur IED, les STN ont un pouvoir croissant sur l'économie mondiale.

Des informations à bien relever :
- L'IED concerne avant tout les pays de la triade (flux croisés dans une "économie d'archipel"). Les investisseurs sont avant tout les grandes STN des pays de la triade (sur les 10 premières : 5 sont des firmes  états-uniennes, 4 européennes, 1 japonaise).
- Les autres pays de la planète bénéficient moins de ces flux d'investissement dont le volume, dans certains cas, aurait même tendance à régresser (Brésil et Mexique).
- Au demeurant certains pays ont fondé leur développement sur les afflux de capitaux extérieurs, par exemple Taïwan (NPIA) dont l'économie est fortement extravertie et ouverte aux investissements des pays développés. Dans ce cas, l'IED peut également faciliter les transferts de technologie au profit des pays d'accueil.
- Les  sociétés transnationales ont pendant longtemps recherché des pays à la main d'œuvre peu coûteuse. Cet "avantage comparatif" des pays en développement trouve ses limites : le niveau de formation de la main d'œuvre, sa qualification, l'environnement logistique deviennent des facteurs de localisation  ce qui explique la relative baisse d'attractivité de certains pays en développement.
- Les STN ont des niveaux de puissance économique qui laisse peu de marge de manœuvre à de nombreux pays d'accueil dans l'incapacité de leur imposer des conditions (en matière sociale par exemple). On remarque par ailleurs que les activités "nobles" (centres de recherche) sont exclusivement l'apanage des pays très développés (exemples de L'Oréal et Toyota). 

4 - Une synthèse (d'après copie d'élève - G.S.)

"Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les investissements internationaux se sont rapidement développés. Aujourd'hui, on remarque que l'IED augmente de plus en plus vite, ce qui nous permet de constater que l'économie se mondialise, des relations d'interdépendance se développent. L'IED des sociétés transnationales se dirige surtout vers les pays développés, notamment ceux de la triade et cette tendance semble s'accélérer : en 1997-98 les flux entrants dans l'Union Européenne ont augmenté de 130 milliards de $, les flux sortants de 180 milliards. Les investissements en provenance des États-Unis se dirigent avant tout vers les pays développés et ont eu plutôt tendance à baisser en direction des autres types de pays.

Ce sont les pays qui ont de grandes sociétés multinationales qui sont les principaux bénéficiaires de cette mondialisation : parmi les 10 premières, d'après leurs actifs à l'étranger, cinq sont américaines, quatre européennes, une japonaise. Mais l'IED peut avoir un impact positif sur des pays classés dans les NPI. D'après l'exemple de Taïwan, on voit que ces pays se sont développés grâce aux nouvelles technologies et aux multinationales qui y ont développé leurs filiales.

Au demeurant l'investissement international peut entraîner des effets négatifs. En effet, les STN cherchent à créer des emplois à bas salaires, donc des emplois peu qualifiés qui peuvent jouer contre le développement. De plus, le chiffre d'affaires d'une STN peut être aussi, voire plus,  important que le PIB des pays d'accueil dont le pouvoir décisionnel est alors limité. La mondialisation ne parait se faire que de manière concentrée ce qui aurait tendance à former un oligopole entre quelques pays, notamment ceux de la triade : les États-Unis, le Japon, l'Union Européenne. L'IED pourrait alors provoquer l'aggravation des écarts entre pays développés et pays en développement."

291 mots

5 - Remédiations

- Revoir les notions mal maîtrisées, source de confusions (cf. cours)
- Refaire l'analyse des documents à partir des thèmes proposés (variante au choix).

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Dernière mise à jour : 14 janvier 2001

Page conçue et réalisée par S. Tabarly, professeur d'Histoire-Géographie à Rennes http://perso.wanadoo.fr/stabarly/   -  mail : prof.hg@caramail.com